Pour un véritable poids des Belges vivant à l'étranger

Publié le par El Nino

 

Je vous soumets cet article trouvé dans La Libre Belgique (version en ligne) de ce jeudi 31 mai.
Il me semblerait intéressant de faire une comparaison avec les récentes élections françaises durant lesquelles on a rappelé le rôle important du vote de l'étranger (majoritairement sarkozyste).


Paul de GERLACHE, Belge de France

Les Belges qui vivent à l'étranger, à quoi servent-ils pour la Belgique ? Aujourd'hui, la réponse est malheureusement : à peu de choses. Il faut donc faire évoluer la loi.

Des centaines de milliers de compatriotes résident hors des frontières. Ils ont quitté le pays pour poursuivre leurs études à l'étranger et s'y installer, y travailler ou y passer leur retraite. Nous ne parlons pas ici des Belges qui passent 4 mois dans le Sud de la France ou en Andalousie, mais qui restent domiciliés en Belgique.

Il s'agit bien des Belges qui ont coupé temporairement ou définitivement tout lien géographique avec le pays, qui n'y ont donc plus de domicil mais qui gardent leur nationalité. Que rôle politique peuvent-ils encore jouer en Belgique ?

Depuis quelques années, ces concitoyens qui résident dans un pays de l'Union européenne y bénéficient d'un droit de vote parcimonieux pour les élections locales (ils ne peuvent devenir bourgmestre de leur commune de résidence) et européennes au même titre que les étrangers européens résidant en Belgique. Mais le pays d'adoption ne leur confère aucun droit pour les élections législatives et aucun droit pour l'élection d'un Président le cas échéant. Donc ces Belges sont devenus des citoyens de second rang, n'ayant aucun pouvoir pour influencer la politique dans leur pays d'adoption et voyant leurs droits de vote stérilisés en Belgique puisque n'étant plus domiciliés dans le royaume.

Finalement, c'est au bout d'un long débat que des droits électoraux ont été reconnus aux Belges résidant à l'étranger. Ils vont pouvoir et même devoir voter pour les élections législatives de juin 2007 comme ils ont déjà pu le faire en 2003.

Un système complexe de vote a été mis en place pour les élections 2007. Tout d'abord, ils devaient s'enregistrer auprès de leur ambassade avant fin janvier 2007 en ayant pris soin de choisir le rôle linguistique et la commune dans laquelle leurs voix seront comptées. C'est cette commune qui doit en principe leur envoyer la convocation aux élections. Ils pourront alors voter en personne ou par courrier auprès de leur ambassade ou de leur consulat ou directement en se déplaçant dans la commune d'inscription. Ils pourront également voter par correspondance ou - et c'est une amélioration récente - par procuration donnée à un électeur qui doit être inscrit dans la commune de rattachement.

Les Belges vivant hors de l'Union européenne voteront le vendredi 8 juin et ceux qui y résident le samedi 9 juin. Il faut noter que ces Belges de l'étranger ne pourront pas voter pour les instances régionales alors qu'on connaît l'importance qu'elles revêtent dans une Belgique fédérale.

Et nulle part, ce système n'aborde la représentativité de ces Belges au sein de leurs institutions parlementaires. On leur demandera de faire comme si, l'espace d'un vote, ils résidaient en Belgique et avaient les mêmes soucis que leurs compatriotes restés au pays.

Nul parti, nul programme électoral ne parle d'eux ou ne s'adresse à eux. Personne ne s'occupe des intérêts de ces expatriés sur des sujets concernant la reconnaissance de leurs diplômes acquis en Belgique, leur retraite, l'inscription de leurs enfants dans une école ou une université belge, les problèmes fiscaux de double imposition, les successions, les aides sociales, le rôle des ambassades belges à l'étranger à leur égard... Et ceci ne représente qu'une partie modeste des préoccupations de nos compatriotes qui ont choisi de vivre à l'étranger. Il faut donc faire évoluer la loi pour permettre à ces 500 000 Belges d'être convenablement représentés au sein des institutions parlementaires belges.

Tout d'abord, nous devons reconnaître que ces Belges ne sont pas assimilables à des résidents le temps d'une élection. Ils n'ont pas les mêmes préoccupations que leurs compatriotes qui sont restés au pays même s'ils ont gardé un lien affectif fort avec la Belgique. Il faut donc leur assurer une représentativité indépendante au Parlement, au Sénat et dans les institutions régionales et communautaires.

Pour cela, des listes électorales spécifiques doivent être établies pour ces Belges de l'étranger selon des modalités à définir notamment de langue ou de zone géographique. On peut imaginer la constitution de listes pour les Belges résidant dans l'UE et hors de l'UE.

Cela veut dire aussi que ces compatriotes vont pouvoir voter pour leurs propres candidats. Ces Belges élus seront alors leurs représentants au Parlement, au Sénat et dans les instances décentralisées pour défendre leurs intérêts. Ils pourront aussi, le cas échéant, occuper des postes ministériels.

Toutes ces réformes qui, in fine, ne feront que traduire dans nos institutions la reconnaissance à part entière de ces compatriotes de l'étranger seront bénéfiques pour notre pays. Ces élus aborderont la politique belge avec un éclairage extérieur et apporteront des idées et des projets innovants pour le pays dont le rayonnement à l'étranger ne pourra que se renforcer.

 

Publié dans C'est pas le Pérou

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