Débat sur l'avortement

Publié le par El Nino

Aussi surprenant que cela puisse paraître, un débat a lieu actuellement au Pérou concernant l'avortement. Dans un pays aussi catholique, un tel débat est évidemment très difficile, et est largement manipulé par les grands groupes de pressions liés à l'Eglise. Mais le fait que le débat existe est encourageant. On croyait le sujet très tabou, et je fus très surpris quand j'appris qu'il y avait une discussion sur le thème au Congrès péruvien.
Je ne vais pas forcément argumenter ici pour l'avortement
, car je risque fort de parler à des convaincus. Néanmoins, j'aimerais publier quelques tendances dans la population.
Il faut signaler d'une manière générale que les Péruviens sont contre l'avortement dans tous les cas de figure. Il semble que même si la mère est en danger de mort, une courte majorité de 47% est pour le maintien de la grossesse. Cela semble évidemment surprenant, non seulement parce que cela relève de l'inconscience, mais en plus parce que la position péruvienne se base avant tout sur la "défense de la vie", ce qui est évidemment hypocrite. Car en effet, en d'autres termes, les Péruviens sont prêts à sacrifier la mère pour la défense du foetus. On croit rêver ...
Pour les cas de grossesse suite à un viol, la tendance est plus forte puisqu'on passe à une soixante de pourcents de personnes contre selon les sondages. Cela reste évidemment surprenant, dans la mesure où le viol est considéré comme un crime qui devrait être condamné par la peine capitale dans ce pays. Mais la cohérence n'existe pas quand la religion s'en mêle ...
Les malformations justifient encore moins le recours à l'avortement selon les Péruviens, ce qui est peut-être plus discutable. Mais malheureusement, le chiffre le plus négatif est enregistré par rapport au cas de figure qui semble le plus évident pour nous, Français ou Belges : plus de 90% des Péruviens sont contre le libre choix de la femme d'avorter, un chiffre qui donne froid dans le dos, tant il montre la soumission de la femme face aux "impératifs" de la société et de la famille. Avortez, et vous serez considérée comme une pestiféré. Cela démontre aussi que toutes les religions sont équivalentes : on critique beaucoup l'Islam pour son intégrisme au sein de la société et de la famille, mais le catholicisme ne semble pas faire mieux. Et dire que beaucoup de catholiques critiquent la position de l'Islam et de ses représentants face à la problématique du voile !

Alors, tout cela est-il négatif ? Faut-il désespérer d'une société hautement religieuse ? Non. D'abord, et pour une fois j'aurai une bonne parole pour les classes aisées péruviennes, ce sont elles qui sont les plus ouvertes à l'avortement, car probablement baignant dans un univers plus libéral vu le niveau de d'éducation. En effet, pour les cas de viols ou de mise en danger de la mère, les pourcentages peuvent chuter à moins de 30% d'opinions défavorables avec donc une large majorité qui se montre favorable à l'avortement. Ces classes aisées représentent l'évolution de la société péruvienne vers plus de connaissances scientifiques, et à terme, cela devrait se propager au reste de la population. Ensuite, les populations plus jeunes sont comme chez nous moins réceptives à la religion, et il faut s'attendre à ce que ces jeunes transmettent progressivement plus de libéralisme des moeurs au reste de la population.
Mais d'une manière générale, il faut se réjouir de ce débat qui surgit dans la population. Des groupes de citoyens n'hésitent pas à manifester dans le centre de Lima pour l'avortement. Evidemment, des contre-manifestations ont lieu. Mais cela montre que la société péruvienne évolue, et que la société mondiale évolue vers plus de libéralisme. Il y a plusieurs siècles, des scientifiques étaient menacés de bûchers pour avoir déclaré que la Terre était ronde et qu'elle tournait autour du Soleil. Il y a un siècle, un naturaliste était voué aux gémonies à cause de sa théorie de l'évolution. Mais ces théories ont été acceptées, et aujourd'hui, l'euthanasie et l'avortement font leur petit bonhomme de chemin, et on peut espérer, un peu contrairement à ce que disait André Malraux que le XXIº siècle sera LE siècle de notre libération des religieux et des dogmes obscurs.

Publié dans Education & Santé

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