Le paradoxe de Lima(1)

Publié le par El Nino


Il faut peut-être d'abord préciser pourquoi je suis venu à Lima. En effet, pour ceux qui ne le savent pas, j'ai d'abord vécu à Piura, dans le Nord du Pérou. Voir ici pour savoir où c'est. Cela a duré 10 mois. Pendant 10 mois, ma femme et moi avons cherché un emploi décent. Onvivait sur nos économies belges. On a été voir un peu partout, on a tenté de monter notre boîte, et puis finalement, on a décidé du jour au lendemain que cela ne pouvait plus durer. Bref, comme beaucoup de péruviens, on a décidé de déménager vers la capitale.
Jamais je n'aurais cru pouvoir vivre ici à cause de la pollution et du bruit. Mais finalement, nous avons décidé que cela vallait mieux pour notre avenir. Un véritable coup de poker en somme, car si je ne l'avais pas réussi, ce blog n'existerait pas car je serais revenu en Belgique.
Heureusement, ma femme a trouvé du boulot en 2 mois et moi j'enseigne à présent à l'Alliance Française de Lima, la plus grande du monde. Autant dire que je n'ai pas à me plaindre.

La première partie sur laquelle j'aimerais m'arrêter ici est celle qui saute aux yeux quand on arrive à Lima : le traffic, le bruit, et la pollution. Bien sûr, je l'avais déjà remarqué dans le passé mais sans vraiment le vivre. Ici, j'ai dû m'habituer à cet environnement.
Le plus grand problème de Lima, c'est la circulation des bus avec tout ce qui l'accompagne : bruit, comportement des gens, pollution, chaos. Je dois avouer qu'il n'est pas chose aisée de parler du fonctionnement des transports publics à Lima car c'est un véritable bordel. Certains d'entre vous savent déjà (un peu) de quoi il en retourne.

En gros, il existe plusieurs centaines de compagnies de bus à Lima, mais 75% passent par 10 grands axes. Je vous laisse donc imaginer le bordel que cela provoque. Nous ne savons pas totalement comment ce système fonctionne, mais voici néanmoins les principaux points :

1. La vitesse des bus varie en fonction du taux de remplissage du bus. En gros, au début de la ligne, lorsqu'il y a peu de gens dans le bus, il va falloir remplir le bus et cela va provoquer un déplacement très lent du bus qui attend les gens qui veulent monter dedans, qui va héler les potentiels usagers, mais il va aussi s'arrêter au feu, même s'il est vert. Cela provoque donc sur les grands axes d'importants embouteillages, principalement aux heures de pointe. Dès lors, les coups de klaxons se font resentir. Il n'est pas étonnant de voir plusieurs dizaines de bus répartis sur 600m en train d'attendre les usagers.

2. Elle varie aussi en fonction de la concurrence. En effet, il existe plusieurs compagnies qui empruntent le même corridor et ceux-ci se font la course pour essayer d'avoir un maximum de passagers, ce qui fait dire à certains receveurs de "ne pas monter dans ce bus parce que celui-là est rempli alors que le mien est presque vide". Surréaliste !

3. Les bus fonctionnent presque en permanence, c'est-à-dire 24h/24. Evidemment, beaucoup moins en pleine nuit, mais dès 5h du matin jusque passé minuit, ils circulent sans aucun problème, et parfois encore très remplis. Si le chauffeur et le receveur doivent rester en permanence dans une position aussi inconfortable, on peut évidemment se demander jusqu'à quelle année ces gars vont vivre. De plus, ils ne dorment que très peu et dans leur combis. Tout cela provoque aussi une mauvaise hygiène et il n'est pas rare d'avoir une sale odeur qui règne dans l'habitacle.

4. Les receveurs et chauffeurs sont aussi des gens très mal élevés qui peuvent vous insulter. La plupart n'ont pas fait l'école et sont aussi traités comme des sous-citoyens par la classe moyenne. Il est donc compréhensible de ne rien attendre de gentil de leur part. Vous leur payez, ils vous déposent, et c'est tout. Parfois (régulièrement même), on n'est pas d'accord sur le tarif, mais il apparaît clair que c'est bien l'usager qui a raison. Le receveur ment pour essayer de gagner plus d'argent, très probablement parce qu'il règne une pression du profit déterminée par l'employeur. Il n'empêche que cela provoque de jolies discussions hautes en engueulade avec insultes à la clef. Personnellement, je ne me suis jamais fait insulter, mais environ 20 fois je n'ai pas été d'accord avec le receveur. J'ai toujours obtenu gain de cause parce que je connais très bien les lignes que j'emprunte.

Bref, au final, la circulation des combis et des bus est une horreur à Lima. Les taxis ne sont pas tellement mieux parce qu'ils klaxonnent beaucoup pour attirer les gens, sont parfois aussi vulgaires et ne sont pas d'accord avec le tarif qu'on veut appliquer, même après la négociation une fois arrivé à destination. Ce qui est aussi surprenant, c'est de voir que leur connaissance de la ville est très limitée. Régulièrement, je leur demande de m'emmener dans une grande avenue de Lima, et ils ne connaissent pas le nom. Cela provoque alors de petits problèmes dans la communication, mais aussi dans le traffic, car pendant qu'on lui explique le chemin, les autres voitures derrière attendent (en klaxonnant bien sûr).

Malgré tout cela, des plans sont prévus pour rationnaliser la circulation à Lima, avec la création de lignes de bus beaucoup plus formelles et mieux aménagées, roulant au gaz. Il est prévu d'enfin prolonger la ligne de métro existante du Sud de Lima vers le centre. Lima pourrait alors sortir du chaos. Après tout, la capitale péruvienne est probablement la seule en Amérique Latine à ne pas avoir de plan de transport organisé.
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