Un pays riche peuplé de pauvres
Lors de l'émission "La-bas si j'y suis" du 2 octobre 2006, Maurice Lemoine s'était exprimé sur les élections présidentielles péruviennes 2006 et n'avait pas hésité à introduire le pays comme étant "un pays riche peuplé de pauvres". On ne peut que lui donner raison, rien que par la réputation des pays latino-américains. Mais cet article qui suit vient confirmer ce fait avec des chiffres très précis.
Comme vous le savez, mon pote Tankar tient un journal d'opinion à Andahuaylas et il y a des articles très intéressants. Je vais donc en traduire un et vous allez comprendre un peu mieux ce qu'il se passe ici.
Il y a 7 PDG au Pérou qui gagnent plus de 1 million de soles par an. Ils se concentrent principalement dans le secteur minier. Le salaire le plus haut d'un PDG au Pérou est de 1.400.000 soles par an, ce qui équivaut à 120.000 soles par mois (Note du traducteur : je gagne environ 60 fois moins). Si nous le comparons avec ce que gagnent les mineurs, on se rend compte qu'un directeur d'une entreprise minière gagne comme 200 ouvriers.
De plus, les actionnaires de ce type d'entreprises gagnent encore plus. Ceux de la Southern Peru Copper ont vu la valeur de leurs actions passer de 10.000 millions de dollars il y a un an à 27.000 millions de dollars aujourd'hui, ce qui est un bénéfice de 50.000 millions de soles. Ces bénéfices pour cette seule année est plus élevé que les salaires de TOUS les ouvriers de TOUTES les entreprises de TOUS les secteurs du pays. Un ouvrier gagne en moyenne 980 soles. Si nous comptons un million de ces ouvriers, mois par mois, durant un an, nous n'atteignons pas les bénéfices des actionnaires durant cette dernière année.
Heureusement, penseront nos lecteurs, l'Etat récupère une partie de ces bénéfices via des impôts. De cette manière, on pourrait penser que les Péruviens touchent quelque chose de cet argent. FAUX ! La loi péruvienne établit qu'une entreprise cotée en bourse (et qui voit grimper ses actions) ne doit payer AUCUN impôt. Nous, les travailleurs, nous payons chaque mois des impôts, mais les actionnaires ne payent rien, ZERO.
Sourthern est une des 3 grandes entreprises minières du Pérou, avec Antamina et Yanacocha et ils concentrent à eux trois plus de la moitié de la production minière nationale, mais nous ne pouvons pas donner des chiffres similiaires (sur les bénéfices) sur les 2 autres parce qu'elles ne sont pas cotées en bourse. Cependant, nous savons qu'Antamina a augmenté ses bénéfices de 2500 millions de dollars par an rien que par l'augmentation sur les marchés internationaux du prix du cuivre.
L'année passée, les entreprises minières ont engrangé des bénéfices de 22.000 millions de soles, grâce aux prix du cuivre et du zin qui ont quadruplé mais aussi les autres qui ont doublé. Le gouvernement a négocié pour que les entreprises minières versent 500 millions de soles au "Programme minier de solidarité avec le peuple", à peine 5% des super-profits. En Equateur, ils doivent en payer 50%, au Botswana 80%, ce qui lui a permis d'être le pays qui a eu l'économie la plus dynamique depuis 1960.
Si le Pérou avait fait comme l'Equateur, il aurait engrangé non pas 500 millions mais 5000 millions de dollars l'année passée. Qu'aurait-on pu faire avec tout cet argent ?
Pedro Francke
Professeur d'Economie à l'Université Catholique de Lima.
Comme vous le savez, mon pote Tankar tient un journal d'opinion à Andahuaylas et il y a des articles très intéressants. Je vais donc en traduire un et vous allez comprendre un peu mieux ce qu'il se passe ici.
Il y a 7 PDG au Pérou qui gagnent plus de 1 million de soles par an. Ils se concentrent principalement dans le secteur minier. Le salaire le plus haut d'un PDG au Pérou est de 1.400.000 soles par an, ce qui équivaut à 120.000 soles par mois (Note du traducteur : je gagne environ 60 fois moins). Si nous le comparons avec ce que gagnent les mineurs, on se rend compte qu'un directeur d'une entreprise minière gagne comme 200 ouvriers.
De plus, les actionnaires de ce type d'entreprises gagnent encore plus. Ceux de la Southern Peru Copper ont vu la valeur de leurs actions passer de 10.000 millions de dollars il y a un an à 27.000 millions de dollars aujourd'hui, ce qui est un bénéfice de 50.000 millions de soles. Ces bénéfices pour cette seule année est plus élevé que les salaires de TOUS les ouvriers de TOUTES les entreprises de TOUS les secteurs du pays. Un ouvrier gagne en moyenne 980 soles. Si nous comptons un million de ces ouvriers, mois par mois, durant un an, nous n'atteignons pas les bénéfices des actionnaires durant cette dernière année.
Heureusement, penseront nos lecteurs, l'Etat récupère une partie de ces bénéfices via des impôts. De cette manière, on pourrait penser que les Péruviens touchent quelque chose de cet argent. FAUX ! La loi péruvienne établit qu'une entreprise cotée en bourse (et qui voit grimper ses actions) ne doit payer AUCUN impôt. Nous, les travailleurs, nous payons chaque mois des impôts, mais les actionnaires ne payent rien, ZERO.
Sourthern est une des 3 grandes entreprises minières du Pérou, avec Antamina et Yanacocha et ils concentrent à eux trois plus de la moitié de la production minière nationale, mais nous ne pouvons pas donner des chiffres similiaires (sur les bénéfices) sur les 2 autres parce qu'elles ne sont pas cotées en bourse. Cependant, nous savons qu'Antamina a augmenté ses bénéfices de 2500 millions de dollars par an rien que par l'augmentation sur les marchés internationaux du prix du cuivre.
L'année passée, les entreprises minières ont engrangé des bénéfices de 22.000 millions de soles, grâce aux prix du cuivre et du zin qui ont quadruplé mais aussi les autres qui ont doublé. Le gouvernement a négocié pour que les entreprises minières versent 500 millions de soles au "Programme minier de solidarité avec le peuple", à peine 5% des super-profits. En Equateur, ils doivent en payer 50%, au Botswana 80%, ce qui lui a permis d'être le pays qui a eu l'économie la plus dynamique depuis 1960.
Si le Pérou avait fait comme l'Equateur, il aurait engrangé non pas 500 millions mais 5000 millions de dollars l'année passée. Qu'aurait-on pu faire avec tout cet argent ?
- On pourrait octroyer 100 soles à toutes les familles se trouvant en pauvreté extrême au Pérou : 900 millions de soles.
- Rendre gratuite l'attention médicale dans les hôpitaux et les centres du Ministère de la Santé, y compris les médicaments, les diagnostics, et les opérations; mais aussi avoir des brigades de santé itinérantes dans 100 provinces des zones éloignées : 600 millions de soles.
- Donner des pensions basiques de 200 soles à tous les retraités de plus de 65 ans qui habitent hors des villes : 800 millions de soles.
- Donner 1000 soles par salle de classe pour leur restauration et installer du nouveau mobilier : 300 millions de soles.
- Construire des systèmes d'eau potable pour 3000 villages où vivent 1.500.000 familles : 1000 millions de soles.
- Doubler le budget pour le programme "verre de lait" mais aussi pour les restaurants populaires organisés par les mères des provinces : 400 millions de soles.
Pedro Francke
Professeur d'Economie à l'Université Catholique de Lima.
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