Guerre de classes au Pérou

Publié le par El Nino


Ci-après, un texte que j'avais écrit fin janvier.



Il est rare que quelques personnes au Pérou se lèvent contre les injustices. En effet, la période fujimoriste et contre-insurectionnelle a provoqué le laminage de tous les mouvements de gauche, des plus modérés aux plus radicaux. Dès qu'on critique un peu le système en place, on est automatiquement catalogué "sendériste" (de Sendoro Luminoso = Sentier Lumineux, guérilla un brin violente des années 80).
Donc, ces dernières années, à part quelques protestations contre les entreprises minières, rien de bien sérieux. Il est encore trop tôt pour dire que ce qu'il s'est passé avant-hier est le début d'un changement, mais certains points sont intéressants.

La scène se passe à 97kms au Sud de Lima, sur les plages de la station balnéaire d'Asia. Lieu de vilégiature de la haute classe liméenne, Asia a fait la "Une" des journaux pour avoir vu déferler un bon millier de personnes venues de Lima avec des cars. Qui sont ces gens ? Des syndicalistes ? Des militants de gauche ? Des travailleurs ? Des guérilleros ? Que nenni ... Des employées de maison !
Que sont venus faire ces gens ? Prendre le soleil ? Se baigner ? Faire du surf ? Que nenni ... Ils sont venus protester. Et contre quoi me diriez-vous ? C'est très simple, vous répondrai-je (comme disait Manu Thoreau). Ces braves gens, très simples sont venus protester contre leurs conditions, notamment cette interdiction de pouvoir suivre leurs patrons à la plage (mais oui !). Et pour continuer avec Manu Thoreau, c'est donc clairement bien QFD. Injustice, discrimination, mauvais traitements, et bardaf c'est la manifestation ! Avouez que le jeu en vaut bien la chandeleur !

Les employées de maison sont bien souvent des gens d'origine indigène, jeunes, sans aucune liberté de pouvoir mener leur propre vie (sentimentale notamment). Ils vivent toute leur vie avec la famille qui les emploie pour 100 petits euros. Ces pauvres gens dorment parfois dans des petits cagibis en-dessous d'un escalier. Je ne vous parle évidemment pas du traitement verbal des maîtres qui pensent qu'ils ont toujours raison et peuvent tout demander à ces pauvres gens. D'ailleurs, j'ai certains élèves qui pensent que les profs ne valent pas mieux (Oui, et je l'ai placée sec, celle-là. Il fallait que je la dise, m'yards de kvaux !).

Donc voilà ces personnes en train de se baigner, avec bien sûr des slogans anti-racistes, le tout sous la protection d'Amnesty International et de la Coordination des Droits Humains.
Une loi va être voté incessament sous peu afin de punir d'une peine de 3 ans de prison tout acte raciste. On espère que ce petit mouvement va permettre de changer un peu les choses et de secouer le cocotier de cette haute classe liméenne qui se croit tout permis.

En attendant, des touristes espagnols qui passaient par là ont ouvert de grands yeux et se sont écriés : "Mais qu'est-ce que c'est que ce pays ?"
C'est sans doute ce qu'a dû dire Francisco Pizarro avant de massacrer tous les gens de la région. Ce nouvel esclavagisme moderne des employées de maison n'est que le prolongement de ce colonialisme de satrapes ! Et certains pensent encore comme il y a 500 ans.

Et pourtant, elle tourne ...
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
E
pas mal du tout
Répondre