Le Pastoruri, bientôt une ruine naturelle ?

Publié le par El Nino

Je ne vais rien apprendre à qui que ce soit ici : nous sommes dans la merde ... Pardon pour le registré utilisé, mais il faut bien s'exprimer ainsi. Donc, le GIEC a rendu son deuxième rapport en quelques mois, celui-ci concernant les conséquences concrètes du réchauffement climatique sur les êtres humains, la faune, et la flore. Après les estimations en chiffres et les dernières incertitudes levées (n'en déplaise aux sectes anti-réchauffement), voici donc le temps de conséquences largement prévisibles.
Comme je l'avais déjà mentionné il y a quelques temps, le Pérou est un pays très vulnérable aux catastrophes naturelles, et les différents évènements El Nino en attestent. Mais ce que le GIEC prévoit pour le monde risque fort d'avoir un impact beaucoup plus permanent qu'un "simple" évènement El Nino. En effet, la hausse des températures se ressent comme vous le savez surtout au niveau des glaces, que ce soit près des Pôles, mais aussi dans les montagnes près de l'Equateur. Par exemple, d'ici peu de temps, les neiges du Kilimandjaro auront disparu. Au Pérou, c'est le Nevado Pastoruri qui devrait subir le même sort d'ici il y a une dizaine d'années.

Le Pastoruri est un glacier qui se situe à 5200m d'altitude, dans le Sud du Calejon de Huaylas, vallée au centre de laquelle se situe la ville de Huaraz où j'ai été pendant ce weekend de Pâques. Je n'ai malheureusement pas pu visiter ce glacier par manque de temps. Mais si je n'y vais pas vite, je risque de ne jamais assister au merveilleux spectacle d'un glacier tropical.
Arturo, le mari de La Maison de Uchuyacu, m'a signalé hier que la route qui conduit à cette merveille de la Nature s'arrêtait auparavant presque au front du glacier, mais que maintenant celle-ci s'en trouve à 1 kilomètre ! Entre 1995 et 2005, le glacier a en effet perdu 40% de sa superficie. Une paille ! D'après des scientifiques états-uniens (dont le célèbre Lonnie Thompson dont j'ai déjà parlé) et péruviens, il reste 10 ans avant de voir disparaître ce merveilleux glacier. Une goutte d'eau dans l'océan de la paléoclimatologie autrement dit. Sa disparition progressive crée aussi la formation d'une lagune qui a déjà 200m de long, et s'agrandit chaque année par suite de la fonte du glacier.

Evidemment, cette nouvelle lagune pourrait être visitée plus tard, comme celle de Llanganuco au Nord de Huaraz (que moi et ma femme avons visité encore hier), mais la disparition de ce glacier est un des signals les plus concrets de problèmes qui nous menacent. Ces glaciers, outre leur fonction touristique, sont aussi des sources d'eau et d'énergie qui alimentent la côte. Le Pérou devra s'adapter à ces changements, mais sans l'aide des pays développés qui sont les fauteurs, cela sera impossible. Le Pérou rembourse chaque année sa dette externe à des pays comme l'Espagne ou les Etats-Unis. Il serait vital que le deuxième mentionné arrête l'hypocrisie et qu'on renverse le cours de cette dette en faisant payer à ces pollueurs le prix de la disparition des glaciers comme celui du Pastoruri.


(Le Nevado Pastoruri)

Publié dans Voyage et Nature

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