L'Axe du Mal latino-américain

Publié le par El Nino


Georges Walker Bush parlait il y a quelques années de l'Axe du Mal pour qualifier l'Irak, l'Iran, et la Corée du Nord. Il ne fait aussi aucun doute que, vu ses actions à l'échelle internationale, Cuba et le Vénézuéla font partie de cet "Axe".
Mon propos ici sera de définir mon propre Axe du Mal, celui que je considère comme réel : l'Axe latino-américain constitué par le Pérou et la Colombie. On pourrait aussi y incorporer le Chili tant le Gouvernement actuel suit les logiques du néo-libéralisme, mais ce ne sera pas le sujet de ces quelques lignes.

En ce moment, le président péruvien Alan Garcia est à Bogota pour une visite d'une douzaine d'heures avec les plus hautes autorités colombiennes, comme le président colombien Alvaro Uribe, mais aussi le maire de Bogota Luis Garzon qui lui donnera les "clefs de la ville de Bogota". On peut évidemment s'interroger sur les objectifs d'une telle visite. Selon le journal El Comercio, il s'agit pour les 2 présidents de renforcer leurs liens en matière de coopération économique, dans le domaine maritime notamment. On avance même l'initiative d'un Bassin Pacifique Latino-Américain. On peut imaginer que, vu les orientations idéologiques des 2 présidents, ce projet ne soit pas à tendance socio-environnemental. Il ne faut pas oublier qu'il existe dans cette région du pétrole, du poisson et autres ressources, qui peuvent être exploités par les entrepreneurs de la région. A l'heure où les scientifiques et autres intellectuels répètent que le pétrole pourrait provoquer des crises économiques, mais aussi que d'une manière générale, les ressources naturelles planétaires ne sont pas inépuisables, il semble que ces 2 présidents continuent à aller de l'avant dans la poursuite de leur programme ultra-libéral dévastateur pour les populations locales. Je me permets de rappeler que le Pérou est un pays très vulnérable aux catastrophes naturelles et que contribuer à un système économique auto-destructeur équivaut quasiment à un suicide national. Mais bon, les 2 présidents sont bien évidemment à l'abri des désastres eux.
L'autre volet de la discussion serait la "sécurité", terme que les présidents réactionnaires aiment tellement utiliser (ou aussi certains candidats présidentiels qui furent Ministre de l'Intérieur). La région de la frontière entre la Colombie et le Pérou, mais surtout entre l'Equateur et la Colombie reste toujours un problème, et les autorités équatoriennes ont accusé il y a quelques semaines les militaires colombiens de violer la frontière équatorienne dans le seul but de vouloir éradiquer la guérilla des FARC. Ces discussions prennent donc un tour plus global, avec la présence de bases militaires américaines dans la région. Les USA n'ont jamais caché qu'ils se servaient de la Colombie comme base pour s'attaquer aux mouvements de protestation de la région. La Colombie est le pire endroit sur Terre pour les infractions contre les droits de l'homme. Alan Garcia, lui, est connu pour des massacres dans les prisons durant son premier mandat (1985-1990). Voir 2 présidents pareils coopérer n'est donc pas une surprise.
On ne peut évidemment aussi exclure que ces discussions aient pour objet de contrer l'influence de Hugo Chavez dans la région, mais aussi de l'émergence d'un autre possible troublion régional, en la personne de Rafael Correa. L'Equateur est après tout coincé entre le Pérou et la Colombie, et déstabiliser son processus possiblement bolivarien nuirait bien sûr à l'axe de l'ALBA (Alternative Bolivarienne des Amériques) où l'Equateur pourrait jouer un rôle.

L'Amérique Latine continue encore et toujours à se polariser. Alors que d'un côté, certains présisent tendant à démocratiser les processus politiques et économiques d'une manière pacifique, d'autres ont décidé, pour arriver à des fins anti-démocratiques, d'utiliser des moyens militaires et para-militaires. Ce n'est donc pas l'axe bolivarien qui constitue une menace pour l'Amérique Latine, mais bien certains présidents réprimant dans leur pays les opposants, et avançant sur une vague ultra-démagogique.

Publié dans Amérique Latine

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