Insécurité : faits, mythes, et considérations

Publié le par El Nino


Comme je l'ai annoncé jeudi, les habitants de Lima sont largement préoccupés par la violence. C'est le principal sujet de discussion de la population, et donc aussi des élèves que je rencontre dans mes cours. Il faut bien en parler, mais j'essaie malgré tout de le faire d'une manière feutrée, sans aller en profondeur. En effet, les discours sur la peine de mort pour les v(i)oleurs me cassent les pieds.
Quand j'étais en Belgique, le recensement des faits de violence, les dénonciations, les réflexions de certains avaient le don de m'énerver aussi. Eternel marginal, je ne cédais pas à la paranoïa et je rigolais bien quand ma femme disait à d'anciens collègues à tendance réactionnaires que "la Belgique était un pays sûr", en tout cas comparé au Pérou. En tout cas, que ce soit en Belgique ou au Pérou, je sais pertinemment bien que les discussions sur la violence et l'insécurité permettent à des gens d'imposer des vues réactionnaires, anti-sociales et malfaisantes. Donc, je suis allergique à toute cette propagande.

Alors quoi ? Le Pérou n'est pas un pays violent ? Est-on en sécurité dans les rues de Lima et ailleurs ? Non, bien sûr que la capitale péruvienne et les villes régionales ne sont pas sûres. Si je devais me promener tout seul la nuit dans un quartier de la périphérie, loin des riches villas, avec mon air de "gringo plein de fric", je ne pense que je rentrerais à la maison sans problèmes. Mais c'est justement là un des problèmes de l'insécurité, c'est de ne pas tenter le diable. Cela ne sert à rien de montrer sa richesse, des bijoux, ses accessoires électroniques. Jusqu'à présent, à aucun moment je n'ai ressenti la moindre insécurité, même pas un soupçon de quelqu'un qui me suivait. Il faut dire que je prends mes dispositions : pas de grande quantité d'argent des mes poches, aucun accessoire exhibé à la vue de tout le monde, déplacement en bus ou taxis "seguros" (sûrs) comme on dit ici, peu ou pas de marche dans les endroits qu'on dit dangereux, déplacement en groupe, vérification des alentours lorsque je sors d'une banque ou d'un magasin de produits chers. Tous ces gestes sont à apprendre. Ils ne reflètent en aucune manière une quelconque paranoïa. En effet, en Belgique, les personnes volées sont aussi celles qui montrent leur richesse et qui ne font pas attention. Rien d'anormal à tout cela.

Evidemment, il faut nuancer ce discours. La plupart de mes collègues, y compris les Français n'ont jamais été attaqués. D'autres ont eu moins de chance, mais c'étaient des Péruviens, et essentiellement du sexe féminin. Dans la jungle du capitalisme, les loups s'attaquent souvent aux plus faibles (n'en déplaise aux éventuelles féministes qui passeraient ici, il me paraît clair qu'il est plus facile de s'attaquer à une femme d'1m65 qu'à un homme d'1m85). Certains ont vécu de vrais drames, je dois l'admettre. Encore récemment, un collègue, nouvellement propriétaire, s'est fait TOUT voler dans son appartement : appareils, meubles, vêtements, absolument tout ! D'après mes collègues et ma famille, les voleurs surveillent aussi vos allées et venues, notent les heures, et vont même parfois essayer de chercher votre numéro de téléphone pour savoir s'il y a quelqu'un. J'ignore ce qui est vrai, mais ce qui est sûr, c'est que mon collègue n'avait pas mis de sécurité. Cela montre que si l'on prend ses dispositions, on peut éviter des drames comme celui-là.

Il faut bien sûr admettre que le danger existe et qu'après cette catastrophe qu'a connue mon collègue, on se dit aussi parfois qu'on va un jour revenir à la maison, et qu'elle sera complètement vide. Il y a 3 semaines, un grand restaurant à 500m de chez moi s'est vu attaquer en pleine journée par des hommes à main armée. Encore une fois, ce grand restaurant a évidemment une caisse bien fournie, et cela attire indéniablement les voleurs. Ce n'est pas un petit snack qu'on va voler. Mais quand on pense qu'on y a été à la Nouvelle Année, il y a de quoi se poser des questions.

Il est évident que se faire voler, menacer, voire pire, n'est jamais agréable, même pour un anti-réactionnaire comme moi. Et la première réaction qu'on a quand on vous raconte des histoires comme celle de mon collègue, c'est qu'on aurait bien envie de faire la peau à ses gars-là. Passé le moment de l'émotion et de la colère, on pourrait faire quelques considérations :

- Primo, l'augmentation du nombre de flics dans les rues n'a jamais rien arrangé. Que ce soit aux Etats-Unis, au Brésil ou ailleurs, les choses ont même plutôt tendance à se détériorer. Le Far-West, très peu pour moi.
- Deuxio, s'il y a plus de violence au Pérou qu'en Belgique, c'est parce que le pays est plus pauvre. Dès lors, pourquoi ne pas réduire la pauvreté comme on l'a fait dans les pays développés en créant des systèmes publics d'éducation et de soins de santé pour ne citer que ceux-là ?
- Tertio, Oui, ce sont les pauvres qui volent, mais que feriez-vous à leur place ? Et surtout, que penser de la corruption et des petites aides financières que reçoivent les personnes riches ? Pourquoi ne pas aussi réclamer la peine de mort pour ces gens-là ?

En définitive, la lutte contre l'insécurité ne passe certainement pas par de la "police partout", car on sait très bien que ce sera "justice nulle part". Au premier abord, voir un "gardien de la paix" ("Mais qu'ils nous la fouttent la paix", comme disait Coluche) dans la rue ou dans une banque pourrait vous faire sentir mieux. Mais cela n'empêche pas la pauvreté d'exister et le terreau de la violence avec. On n'aura donc rien résolu.

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