Formatage des esprits

Publié le par El Nino


En discutant avec mes élèves, je me rends compte qu'ils ont des opinions sociales et politiques parfois contradictoires, mais il y a des jours où je me demande si leur esprit n'est pas hyper-formaté par la propagande de l'Etat bourgeois et si leur capacité à réagir à leurs contradicteurs n'est pas presque nulle. J'aimerais pour illustrer cela prendre 3 exemples.

1. Ces derniers jours, un de mes groupes devait réagir à un texte extrait du journal "Le Soir" où on relatait le cas d'une chômeuse qui avait décidé d'occuper une villa d'Uccle inhabitée depuis plusieurs années. Cette personne n'avait pas hésité à nettoyer la villa sans doute un peu poussiéreuse, à mettre de l'ordre et à demander à son chien "de ne pas faire ses besoins dans la pelouse". A l'époque (2003), elle avait même projeté de transformer l'habitation en crèche pour enfants. Donc voilà mes élèves en train d'écrire une lettre au rédac-chef du "Soir".
Sur 6 élèves, 5 critiquent sévèrement cette occupation, "une infraction à la propriété privée", disent-ils. Les mots sont durs, et même si je connais la classe sociale de mes élèves, je dois avouer que je ne m'y attendais pas. Les appels à l'expulsion existent dans leur expression. Bref, un étonnement plus que négatif.

2. Dans un autre groupe, je discute des problèmes rencontrés par les Péruviens dans le monde du travail. Exploitation, non-respect du contrat, licenciements, autoritarisme, et j'en passe. D'autres élèves, issus de la même classe sociale, n'hésitent pas à émettre des critiques sévères sur la gestion des ressources humaines d'une entreprise, une critique qui n'a quasiment rien à envier aux syndicats français les plus radicaux. Ce n'est pas à 100% de l'anti-capitalisme (ça leur ferait mal quand même !), mais ça fait plaisir.

Cela n'est évidemment pas le fruit du hasard. Après tout, tout être un minimum sensible à la réalité humaine ne peut accepter l'autoritarisme au travail, et une ambiance détestable. Mais cela montrer que, ces deux groupes issus de la même classe sociale, ont sur 2 sujets différents certes, une vision soit ultra-libérale, soit sociale. Et je me plais à dire que dans le premier cas, il s'agit d'un pré-formatage idéologique venant des médias latino-américains, très attachés à cette idée de propriété privée.

3. Il y a déjà quelques mois, une femme est venue m'exposer dans une expression orale "les bienfaits de la privatisation". Evidemment, cela ne m'a pas plus. Mais on essaie de cacher son désaccord, et de toute façon le rôle du prof (dans un cas contraire aussi) est de jouer le rôle de contradicteur. Donc, me voilà venant avec des informations venant de Buenos Aires et de Santiago où les privatisations de service public (notamment l'eau) ont nuit à une certaine partie de la population (les plus pauvres évidemment). Je n'ai eu aucune réponse de défense.
Je pourrais citer plein d'autres exemples, que ce soit avec un exposé ultra-libéral ou social, où les gens ne savent pas se défendre et ont l'esprit pré-formaté par un "je ne sais trop quoi". Comme je l'ai dit, cela peut être les médias, mais aussi les parents, l'école, des amis, etc ...

Evidemment, l'éducation péruvienne n'a pas le même niveau que l'occidentale. C'est une réalité, pas une critique. Et cela est encore bien différent avec la méthodologie française où une analyse sémantique et logique d'un texte est à 180° par rapport à l'analyse locale. Mais cela montre aussi que l'on n'apprend pas à réfléchir aux Péruviens, et quand on se souvient qu'on vit dans un pays catholique et néo-libéral, il ne faut pas faire un grand pas pour comprendre pourquoi c'est ainsi.

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