Una sombra al frente

Publié le par El Nino

Le samedi, c'est le jour de sortie, et cette fois-ci, on avait décidé d'aller au cinéma. Après discussion, nous avons décidé d'aller voir un film péruvien, "Una sombra al frente" (Une ombre à l'autre bout).
J'en avais un peu marre de ces films hollywoodiens dont on nous gave ici, et qui ne parlent que du Bien et du Mal, de religion, de fantômes, de morts-vivants, de super-héros qui défendent l'Amérique contre les méchants. Rien de tel qu'un bon film du terroir qui mélange histoire, culture, dépaysement, économie, politique, passion et drame.

"Una sombra al frente" se déroule au début du 20 siècle et est l'histoire d'un ingénieur, Enrique Aet, qui voit mourir son père alors qu'il n'a que 16 ans. Sa mère lui déclare alors : "Tu es l'homme de la famille maintenant, tu dois en assumer la responsabilité". 12 ans plus tard, c'est donc comme ingénieur qu'il a décidé d'endosser cette responsabilité. Il part pour la jungle péruvienne où il tente de percer des voies de communication afin d'unir cet immense territoire au reste du pays. A la suite d'un violent orage, un pont vole en éclat, et Enrique s'endosse là aussi la responsabilité. Il en ressort blessé à la jambe et aux côtes, et doit retourner à Lima. 
C'est probablement là que commence vraiment le film, après une grosse vingtaine de minutes, où on voit donc la famille d'Enrique, avec sa mère toujours préoccupée par le bonheur de sa famille, les relations d'Enrique et sa conquête féminine en la personne de Doris Beltran. A ce sujet, le film ne manifeste aucune pudeur, ce qui surprend pour un film péruvien. Les scènes de nu sont filmées sans aucune contrainte, mais sans être gratuites non plus.
On découvre alors Enrique obsédé par l'idée de marquer son empreinte dans l'histoire péruvienne. Il décide de partir en Allemagne, laissant tomber sa conquête, pourtant folle de lui. Il rencontrera lors du voyage en bâteau une autre femme, une aventure d'une nuit disons. En chemin, il découvre le morse, et se met à rêver d'une liaison Lima-Iquitos (jungle) par morse, sans aucune interférence des Andes. Cette obsession pour ce rêve technique lui fera  oublier de soigner ses relations sociales et sentimentales, mais le rêve deviendra bien réalité.

Le film est avant tout une découverte pour les "gringos" comme moi, car il permet de mieux cerner les différents aspects économiques et politiques du Pérou. Il permet aussi d'apprécier les paysages. Il permet de découvrir la société post-coloniale et post-guerre du Pacifique où règne une atmosphère de prétention dans la Lima des années 1910, prétention qui n'a guère changé depuis. Pour un film avec un budget forcément plus limité que les grosses productions et avec des acteurs qui me sont forcément inconnus (peut-être pas pour les Péruviens), je dois dire que c'est une grosse réussite. Le tout est bien ficelé et montre avec beaucoup de soin et de précision les différentes facettes des personnages, leur évolution dans un cadre bien défini et avec une musique mélo-dramatique appropriée. On regrettera peut-être le début un peu trop long, et qui montre moins de choses intéressantes. On regrettera aussi de ne pas voir l'ingénieur tenter ne fût-ce qu'une seconde de donner espoir à toutes ces dames qui lui viennent  au pied. Mais bon, c'était probablement un des messages du film.
"Una sombra al frente" est donc une production qui mérite d'être exportée et récompensée pour son talent intrinsèque, la découverte perpétuelle d'un Pérou inconnu à une époque encore moins connue, y compris pour beaucoup de Péruviens sans doute.

Je vous ajoute la bande-annonce :



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Publié dans Histoire & Culture

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Michèle 08/10/2007 09:12

Très bel article !