Le séisme, une occasion pour les privatiseurs ?

Publié le par El Nino

Cela fait quelques jours que je veux vous transmettre cet article traduit par mes soins. J'avais parlé d'un élément "qui voudrait vous faire prendre les armes dans le maquis" et le voici.
Cet article est écrit à la base par Javier Diez Canseco, militant de gauche. Il s'était opposé au régime dictatorial d'Alberto Fujimori, et critique les politiques néo-libérales des derniers gouvernements. Diez Canseco est aussi le président du Parti Socialiste Péruvien qui n'a rien avoir avec ses pseudo-collègues belges et français. Il n'y a ni "ouverture" à la droite, ni mafieux dans ce parti, seulement des militants de gauche cohérents et courageux. Le PS travaille pour construire le socialisme péruvien à partir de la démocratie participative, avec une décentralisation effective, qui rend les ressources naturelles au peuple péruvien en défendant un modèle inclusif. Il combat aussi pour les Droits de l'Homme, et surtout ceux des travailleurs, des femmes, des jeunes, des indigènes, et des petits producteurs. Rien n'avoir donc avec ce qu'on peut trouver en Europe. Voici donc cet article qui confirme ce qui a déjà été dit, mais d'une manière on ne peut plus clair. Cette traduction supprime quelques éléments que je ne comprends pas moi-même du fait de mon manque de culture politique des années 90 et antérieures. Ce fut aussi plus généralement un travail assez compliqué. Veuillez bien m'en excuser.

Terremoto en Perú: ¿ocasión para privatizadores?
Javier Diez Canseco

27 août 2007

A presque 2 semaines du séisme qui a dévasté Ica et a frappé sévèrement Huancavelica, Canete, et Ayacucho, qui nous a tous touché et secoué, vient le moment des décisions de la reconstruction. Ceci soit se faire à la lumière des graves problèmes nationaux et régionaux : crise de la communication et désinformation concernant la magnitude de l'évènement, grave difficulté organisatrice, budgétaire et effective de la Sécurité Civile (dont le président fut le chef des Armées du premier gouvernement d'Alan Garcia), désarticulation de l'Etat, aucune prévention et planification (proscrite par le régime Fujimori, adorateur du marché et du privé), aucun budget et équipements adaptés à la situation, méfiance dans les autorités, corruption, mécanismes très limités de contrôle citoyen, pauvreté générée par une société inégalitaire et injuste qui stimule l'informalité, logements précaires, revenus misérables, profonde crise des valeurs dûe à l'individualisme, délinquance, et vandalisme.

Ica, la région la plus touchée, celle où les pauvres ont le plus souffert, est le département fleuron de l'agriculture exportatrice et du plein emploi, selon ce qu'on nous a dit. Mais selon des chiffres officiels, 42% de la population vit dans la pauvreté (avec des revenus personnels de moins de 191 soles par mois) et 8% en pauvreté extrême (moins de 103 soles par mois par personne). 36% des personnes n'ont pas d'eau, 54% n'ont pas d'égoûts, et 29% n'avaient pas l'électricité avant le séisme. 7% des habitants d'Ica sont analphabètes. Le taux de chomâge est de 4,9% mais le sous-emploi est de 58%, avec des carences dans le protection sociale. Evidemment, les logements concordent avec cette réalité économique et sociale. Après le séisme, allons-nous reconstruire la même réalité ?

Le gouvernement a lancé la création de FORSUR, entité qui serait chargée  de la reconstruction. Les noms prévus pour la direction de ce projet montrent que Garcia veut qu'il soit sous la direction d'entreprises privées. Il offre la présidence à Julio Favre, fujimoriste reconnu pour ses violentes attaques contre la Commission de la Vérité et de la Réconciliation (qui a jugé les crimes commis par  l'Etat lors de la guerre sale contre le Sentier Lumineux), qui a avalisé, comme son ami Rafael Rey,  les violations de l'Etat contre les Droits de l'Homme. Cet homme a des liens avec Forza, la ténébreuse entreprise de sécurité privée qui opère contre les écologistes. Garcia a aussi invité José Chlimper, ex-ministre de l'agriculture -aujourd'hui directeur de la Banque Centrale -, entrepreneur agricole avec des intérêts à Ica et qui a bénéficié des pillages bancaires du gouvernement de Fujimori. Il a aussi proposé le président de la Confiep, le Medef péruvien. Garcia a aussi déclaré que ce processus doit se faire presque militairement, avec moins de démocratie, plus de verticalité et de force. Et quid des représentants des sinistrés, des secteurs sociaux, des spécialistes, et des universitaires ?

Chlimper a déjà annoncé sa politique : privatiser l'aéroport de Pisco, mais aussi son port, donner en concession la route Pisco-Ica, privatiser le service d'eau potable à Pisco, promouvoir la construction de logements exclusivement sous l'initiative privée, promouvoir les entreprises privées dans la région. Autrement dit, presque rien de social et aucun mécanisme de contrôle citoyen. Juste une opportunité pour le privé.

Autre chose est la décision du gouvernement de voir les impôts des entreprises privées déduits des ressources qu'elles donnent à la reconstruction de la région.  Ce "don" des entreprises n'arrivera donc pas à l'Etat, et il n'y a là aucun geste solidaire, juste que du "pragmatisme".

Les personnes affectés par ce désastre naturel et l'autre désastre, à savoir la gestion sociale et politique actuelle d'une société profondément injuste avec des manipulations et de la corruption, ces personnes ne seront absolument pas les protagonistes de la reconstruction. Celle-ci servira uniquement à quelques personnes. La société civile, les organisations sociales, les peuples doivent avoir un rôle important dans la reconstruction et cela doit avoir comme base la justice sociale, non l'enrichissement de certaines personnes. La vigilance citoyenne est aussi bien sûr fondamentale, parce que sans elle nous n'aurions pas connu tous les problèmes que nous connaissons actuellement et qui servent à remplir les poches de quelques corrompus.



Javier Diez Canseco

Publié dans Séisme 15 août 2007

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Michèle 19/09/2007 09:33

C'est un peu par hasard que j'ai trouvé cette page dans les actualités. Il est intéressant de lire les réactions !http://www.liberation.fr/php/pages/pageReactionsList.php?rubId=12&docId=272722

Serge 10/09/2007 17:19

Pour moi une chose est sûre: tôt ou tard, ces vrais péruviens prendront le pouvoir. J'espère qu'ils se souviendront alors de ces belles paroles et qu'ils ne trahiront pas leur cause et leur idéal. Car ce n'est pas l'homme qui se corrompt, c'est le pouvoir...

soleil51:0010: 09/09/2007 15:15

Cela me fait un peu penser aux feux de forêt dans le midi de la France ! ! Bon dimanche et BiZouX du pays des pharaons ! ! !@nne marie   

Michèle 09/09/2007 13:52

Pauvre Pérou !Le sport national est donc la corruption. Heureusement qu'il reste des gens pour se battre et dénoncer !Merci pour l'article et bon dimanche !