Putain de règlement

Publié le par El Nino

A côté des élèves qui se plaignent d'avoir été recalés par ces salauds de profs, il y a aussi le thème du règlement qui donne parfois des maux de têtes aux enseignants.
Le règlement de l'AF n'est pas spécialement strict. Il me semble honnête. A côté des inévitables portables à propos desquels j'ai renoncé à appliquer le strict règlement (sauf lors des examens), il y a aussi les absences. En clair, dans un cours normal ou rapide, on a droit à 2 absences, ou plus exactement 4h ou 6h (puisqu'un cours normal fait 2h et un rapide fait 3h). Sur le registre, on doit noter un A pour "Absence", un P pour "Présent". Il existe aussi le "E" pour les absences excusées, comme les maladies ou d'autres trucs. Si l'élève dépasse la limite autorisée, il doit prendre ce qu'on appelle des "cours de récupération", à 10$ l'heure. Cher donc ...
Il existe des profs qui suivent le règlement à la lettre, et qui compte les minutes d'absence. Si l'élève a 4h10 d'absences, il volera en récup. Moi, je ne note pas cela, sauf si les retards à un cours deviennent conséquents (au-delà de 20min). 

La question est donc : faut-il dire à un étudiant de passer un cours de récupération (ce qui est désagréable) ou "fermer les yeux" ?

Il y a 5 ans, un prof français avait appliqué le règlement de la manière la plus strict possible : après 10 minutes, il fermait la porte et plus personne ne pouvait entrer. Si on arrivait à 19h15 par exemple, on pouvait rentrer chez soi. Visiblement, ce prof avait le soutien de la direction. En décembre 2006, j'ai rencontré une amie de ma femme qui, par hasard, avait eu cours avec ce prof. Elle s'est plainte à son sujet, car elle venait à un cours du matin (et s'était donc levée tôt) et habitait relativement loin. Bref, elle arrivait parfois trop tard. En fait, le prof fermait sa classe parce qu'il estimait que "si on avait choisi cet horaire, c'est parce qu'on savait qu'on pouvait arriver à l'heure".
En fait, les 2 arguments se valent : l'un pour l'éloignement dans une ville énorme avec des transports calamiteux, l'autre pour la rigueur et la discipline nécessaires à un bon apprentissage du français.
Ce qu'il y a d'intéressant dans ce débat, c'est qu'il révèle les difficultés de la société péruvienne : donc, les transports calamiteux et cette putain de ville mal fouttue. Mais il existe aussi pour les élèves du soir les impératifs du travail et comme les patrons belges ou français sont des anges à côté des patrons péruviens, il est parfois difficile de quitter le bureau à l'heure. On pourrait aussi parler des gens qui doivent partir en voyages d'une manière imprévue; et même dans le cas où si c'était prévu, on peut difficilement leur en vouloir. J'ai eu droit à un exemple tout à fait symbolique de ce problème il y a 2 semaines. Lors du cours du samedi qui a commencé pour le cycle juillet-août le 30 juin, une mère est venue m'aborder le deuxième samedi des cours (on a droit à une absence pour les cours du samedi) en me disant que son fils avait cours le samedi en question (le deuxième donc, vous suivez ?) mais qu'il voulait continuer à étudier le français et donc s'intégrer dans mon cours le troisième samedi. Problème : "Elle n'avait pas les sous pour le cours de récup" (C'est souvent une fausse excuse, mais bon). J'ai donc demandé une lettre de l'école pour justifier cette absence en insistant sur le fait que je ne voulais plus d'absence jusque fin août. Le samedi passé, mon élève est venu et il a bossé. Les choses ont l'air de bien se passer donc (Il m'a même fait rigoler en répondant à ma question : "Qu'est-ce qu'ils font les fonctionnaires ? - Ils fonctionnent, Monsieur"). Je crois que j'ai fait le bon choix.
En fait, cet exemple de cet élève illustre assez bien la manière avec laquelle je gère ce problème : soit l'élève absent est travailleur et honnête, et donc je ferme les yeux; soit l'élève est paresseux et n'est pas sincère dans ses "excuses", et je l'enverrai au cours de récup. Cela m'est déjà arrivé, mais pas souvent.

Quoiqu'il en soit, ce problème des absences reflète assez bien la réalité qu'on vit ici : du travailleur obligé de travailler jusque 21h00 à celui qui doit voyager, en passant par le collégien qui doit aller à son collège le samedi ou ceux qui sont empêtrés dans les embouteillages, il y a toute cette problématique de ces pauvres étudiants qui font un maximum de choses dans des journées de 24h trop courtes, tout ça pour sortir du marasme économique et avoir la meilleure formation possible. Quelque chose ne va vraiment pas dans la République d'Alan Garcia

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thitho 21/07/2007 13:34

Tu ne réponds pas tout à fait à mon indignation, le Nino. Si ton attitude peut se défendre à la rigueur dans un système scolaire claissique, ici, tu as affaire à des gens qui te paient pour obtenir un service. A la limite que tu comptabilises le temps où ils ne sont pas là comme enseigné, je peux comprendre (c'est TON temps qu'ils ont payé, et il n'est pas question que tu perdes double temps, sinon c'est toi qui es exploité), mais s'ils arrivent en retard, il ne me paraît pas juste que tu les prives de LEUR cours.Pour le reste, c'est évidemment affaire de contexte culturel...Mais est-ce si différent des élèves partout dans le monde?

El Nino 21/07/2007 14:44

Ben s'ils sont en retard par leur faute, c'est-à-dire qu'ils partent 10 min avant le cours alors qu'ils savent très bien que le trajet prendra 30 minutes, ce n'est pas de ma faute. Je parle bien de ceux qui n'ont pas de contraintes. Exemple : ceux du cours de 7h arrivent plus à l'heure que ceux du cours de 9h. Pourquoi ? Parce que ceux de 9h se disent qu'ils peuvent dormir plus et donc sont plus mollassons. Moi, je comprends bien qu'on veuille dormir plus, mais moi je ne peux pas me poser cette question; et je ne vois pas pourquoi d'autres gens auraient le droit de le faire sous prétexte qu'ils paient. Tous les gamins qui causent à la sortie de l'école, qui perdent du temps, et qui arrivent avec 20min de retard, je ne trouve pas ça normal. Je me permets d'ajouter que la plupart des écoles terminent leurs cours à 15h. Ne viens pas me dire qu'ils n'ont pas le temps d'arriver pour le cours de 16h ?! Désolé, mais ce n'est pas seulement qu'une question de payer un service, c'est aussi une question de discipline; et avec certains si tu acceptes un peu, alors ils croieront qu'ils peuvent tous se permettre et on arrivera alors à des extrêmes où des élèves insultent les profs. Donc, je répète ce que j'ai dit : si j'ai un élève travailleur en face de moi, je me montrerai tolérant; si j'ai un feignasse qui se moque de moi, je n'aurai aucun état d'âme. Tout est une question de résultats, et pas de pognon pour moi. Et je n'en ai pas fait une exception péruvienne. Ou alors, je n'ai pas été assez précis.

thitho 20/07/2007 20:11

Dis donc, le Nino, une petite question qui me tarabuste à propos du "strict" prof qui ferme la porte: tes élèves, ils paient pour venir au cours, et les profs sont censés fournir un service, non?Alors, j'aimerais me mettre un instant à la place d'une personne qui se casse le cul pour traverser la ville et, parce qu'il y a de mauvaises conditions de transports, doit prendre un bus qui l'amene plutot une heure avant le debut du cours qu'un autre qui l'amene parfois un quart d'heure apres...j'aimerais pouvoir rappeler à ce fou de l'aiguille que l'élément important dans un cours, c'est celui qui apprend, pas celui qui enseigne...

El Nino 20/07/2007 21:03

Salut, le Tito.Pour ne pas l'avoir connu (il a enseigné il y a 5 ans), je ne pourrais pas te répondre totalement. Pour avoir discuté avec d'autres de ses élèves qui sont maintenant profs de très bonne qualité, je peux te dire que ce qu'il imposait lors de ses cours portait ses fruits, et donc je suis certain qu'il rendait un service, et même un excellent service. Ironie de l'histoire, la prof en question habitait encore plus loin que l'élève amie de ma femme. Elle doit se lever à 5h30 pour venir donner cours à 9h.Evidemment, on est tous d'accord pour dire que ce n'est pas une vie. Mais le problème avec pas mal d'élèves, c'est que si tu donnes un doigt, ils voudront te prendre le bras entier le jour après, si tu vois ce que je veux dire. Si certains profs sont comme ça (et j'en connais actuellement), c'est aussi parce que certains élèves paresseux (et j'insiste sur le paresseux) ne veulent pas travailler et profitent de ta grande tolérance. En fait, il faut trouver l'équilibre entre les deux et comme le disait un jour ma coordinatrice : "Les élèves, il faut les traiter comme tes propres enfants : être gentil avec eux la plupart du temps, mais hausser le ton quand ils dépassent la ligne rouge." A ma décharge, je veux néanmoins bien admettre que l'amie de ma femme en question n'est pas paresseuse, et que je suis totalement d'accord pour dire que c'est le prof qui doit faire un maximum pour motiver ses élèves. Ce serait même le plus grand honneur à mes yeux que d'avoir une classe entièrement motivée, ou bien réussir à motiver un élève qui vient "par obligation".Mais tu ne m'empêcheras pas de penser que certains méritent vraiment un solide coup de pied au cul.

Patakes 20/07/2007 15:08

C'est ce que j'appelle une attitude intelligente d'un prof qui se met a la place de ses eleves avant de reagir.Si je peux me permettre, c'est loin d'etre toujours le cas. Et j'ai plus souvent rencontre des abrutis qui appliquaient betement le reglement a la lettre (peut-etre parce qu'ils n'aimaient pas ce qu'ils faisaient ) que d'autres. Et les catholiques, dont la tolerance n'est plus a demontrer, ne sont pas les derniers.

christophespb 20/07/2007 13:00

Tes eleves font quoi ensuite ? Ils bossent dans des boites francaises ?

El Nino 20/07/2007 17:02

C'est rare. Ils vont plus souvent étudier en France, et encore plus souvent étudier ou vivre au Canada.

@tom 20/07/2007 02:07

J'aime beaucoup cette façon, à partir d'un petit détail (quelques minutes de retard), tu finis par élargir à un pan entier de la vie péruvienne.Bonne décision que la tienne

El Nino 20/07/2007 04:44

Eh oui, je suis pas prof pour rien ;) Partir de l'anecdote pour généraliser est une tactique très prisée pour introduire un sujet et poser un problème.