Faut-il critiquer le pays hôte ?

Publié le par El Nino

Le message de Olima  me fait réagir. Il est probable que je ne serai pas le seul et le mérite de ce contributeur est de lancer le débat, consciemment ou non d'ailleurs. Evidemment, le problème est vaste, subtile, et on ne pourra pas s'y engager sans peut-être heurter certaines sensibilités ou a contrario en marchant sur des oeufs.

Personnellement, en Belgique, j'ai toujours été presque choqué d'entendre dire que les étrangers ne pouvaient pas s'exprimer sur la vie quotidienne de nos con-citoyens. Evidemment, les différentes coutumes font partie de notre héritage historique et culturel, mais cela n'empêche qu'il existe la liberté d'expression face à ce genre de problèmes et que ne pas la respecter serait transformer les immigrés comme des sous-citoyens. Une des grandes améliorations de l'esprit civique de ces dernières années, c'est la (très) progressive participation de tous les citoyens à la vie quotidienne, jusque dans les décisions. Evidemment, il reste encore beaucoup d'imperfection et de discriminations, et cette participation est parfois hypocrite ou à contre-sens des valeurs universelles (prendre par exemple le cas de Rachida Dati oeuvrant pour un réactionnaire notoire et dangereux), mais on ne peut que soutenir ces initiatives d'égalité entre toutes les origines.
Alors, doit-on agir de la même manière au Pérou ? Oui et non. Oui, parce que je suis un citoyen comme un autre. J'ai un jour posé la question à des élèves : "Faut-il accorder le droit de vote aux étrangers au Pérou ?" La réponse a fusé : non. Je n'ai pas pû m'empêcher de glisser que les étrangers hors UE avaient le droit de vote aux communales en Belgique. Mais évidemment, la situation au Pérou est différente. On ne peut mettre sur un pied d'égalité un pays riche et avancé socialement et un pays en voie de développement qui n'a pour ainsi dire aucune perspective d'avenir radieux à long terme vu les conditions actuelles. Et il règne évidemment dans la société péruvienne une certaine rancoeur par rapport aux puissances occidentales, rancoeur totalement justifiée évidemment.
Alors évidemment, comment réagir face à ces cons qui vous roulent presque dessus ? Comment faire quand on a des invités qui arrivent avec 2h de retard ? Comment gérer les problèmes de queue et tous les autres qu'Olima a cités ? J'ai été un petit peu ennuyé par la manière avec laquelle notre contributeur aborde le débat. A le lire, on a l'impression qu'il caricature un peu simplement le pays et assimile tous les péruviens soit à des chauffards, ou des gens mal élevés ne respectant rien. Ce n'est peut-être pas volontaire, mais je me mets à la place d'un Péruvien qui lirait son commentaire et je doute que peu d'entre eux acquièsceraient sans broncher. Certains seraient même fâchés. Il ne faut pas oublier que le Péruvien moyen n'aime pas beaucoup qu'on critique son pays. Il y a un certain nationalisme présent dont j'ai déjà parlé, criticable ou non, mais dont il faut tenir compte pour au minimum comprendre la société péruvienne, mais aussi (et surtout) éviter les problèmes. Il est évident que si on réagit d'une manière énervée face aux gens qui ne respectent pas la queue, ce sera peut-être justifié, mais certaines personnes pourraient voir cela comme une leçon d'un étranger qui en fait un peu trop. Pour certains, ce sera même à la limite du néo-colonialisme.
Ce qu'il est important de signaler aussi, c'est que cette critique du Pérou un peu désordonné finit par créer chez certains un sentiment d'auto-culpabilisation et d'aliénation qui n'est pas très sain. C'est probablement une des raisons pour lesquelles il y a tellement de Péruviens qui veulent quitter leur pays. Mais provoquer un complexe d'inférioriré chez tous ces gens n'est pas aussi la solution.
Je n'ai personnellement jamais attaqué ou critiqué violemment quelqu'un parce qu'il ne respectait pas l'horaire. Avec mes élèves, j'explique calmement pourquoi il faut être à l'heure, en disant que le travail et la discipline sont importants. Je suis parfois ferme avec les moins motivés, mais je  ne me suis jamais énervé, et j'obtiens bien souvent des résultats. Certes, avec les chauffeurs de taxis ou les conducteurs de bus que je surnomme "les barbares", j'ai parfois envie d'envoyer une pierre dans leur pare-brise. Certains de mes élèves font le gros doigt et les insultes peuvent voler. Mais ces comportements auront le même effet que l'autre couillon qui klaxonne derrière parce que la voiture de devant n'avance pas : rien.
Les Péruviens (re)connaissent leurs défauts (contrairement à certains) et ils savent ce qu'ils doivent changer. Et je ne leur souhaite pas de devenir comme nous, c'est-à-dire des gens froids, arrogants, vivant dans le luxe, et se fouttant pas mal des autres. Les Péruviens, même si les étrangers vivant ici comme moi ont droit de cité, doivent avant tout changer leur pays eux-mêmes.

Publié dans Voyage et Nature

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Olima 08/06/2007 05:16

C'était de l'humour ! Vivant ici depuis quelques années déjà, je me sens déjà Péruvien, et ce n'est vraiment pas moi qui vais donner des leçons aux autres. J'ai seulement pris cet espace entre pollos hervidos francophones pour un défouloir entre nous. Tu as essayé de modérer, c'est le cas de le dire, mes propos, par courtoisie vis-à-vis des Péruviens certainement. C'est très délicat de ta part, mais rassure-toi, les Péruviens sont les premiers à déplorer ce manque d'éducation ou de civisme qui règne dans ce pays. Et ma femme péruvienne est moins indulgente que moi là-dessus!Rassurez-vous, tous ces aspects dont j'ai parlé -sans ne rien exagérer toutefois- sont pour moi une partie du charme du Pays. Je vivrais en Suisse sinon.

ElNino 08/06/2007 05:10

J'ai été 3 semaines au Chili, et il y a plus de 5 ans. Difficile d'en extraire un souvenir, mais je ne pense pas qu'ils soient désagréables contrairement à ce qu'on dit ici au Pérou.

@tom 07/06/2007 21:53

C'est intéressant comme question... Les Chiliens aiment beaucoup que les étrangers leur disent ce qu'ils pensent d'eux et de leur pays, mais en même temps ils n'aiment pas les critiques. En revanche, ils s'auto-critiquent parfois très violemment.En tant que Français, on est très portés sur la critique de tout et n'importe quoi (ce n'est pas le cas des Chiliens, ni des Allemands, si j'en crois mon expérience). Donc il ne faut se renier soi-même, mais il faut savoir être nuancé et diplomate dans nos critiques. Qu'elles soient constructives sans être blessantes...

ElNino 07/06/2007 20:10

Christophe : j'ai du mal à voir où tu veux en venir avec ton histoire de 4000€.Tony : ah ben si on peut même plus s'engueuler alors ! J'attends ton "étoffage" avec impatience ;)

Tony 07/06/2007 20:05

Le problème que j'ai avec toi une nouvelle fois, c'est que je suis totalement daccord avec tes propos, ce qui conviens-en n'aide pas à faire avancer le débat. :-)En plus c'est le thème que je voulais aborder dans mon prochain article... je vais prendre mon temps pour étoffer donc. :-)