Nostalgie piurana

Publié le par El Nino

Je suis venu à Lima, parce que je n'avais pas le choix. J'ai en fait vécu pendant 10 bons mois à Piura, une ville du Nord du pays, dont on dit que c'est "la ville de l'été éternel". Alors que Lima est actuellement baignée par un doux soleil d'une vingtaine de degrés, c'est encore une chaleur tropicale d'une trentaine de degrés qui embrase la ville du Nord. Moi qui déteste la chaleur, ça pourrait me repousser. Mais pendant 10 bons mois, je l'ai supportée, je l'ai apprivoisée, je l'ai prise sur moi. Et au final, cette chaleur détermine fortement le caractère de la ville, que ce soit pour les qualités ou les défauts.

Commençons par les défauts. Il faudra bien terminer par le plus beau pour rester sur une belle note, n'est-ce pas ? Le principal défaut de la ville, c'est de rester plongé dans une langueur tropicale qui empêche tout dynamisme et développement économique. Attention, je ne vais pas verser dans le tout à l'économie, mais force est de constater que pour moi, il fut impossible de rester dans cette ville à cause du manque de dynamisme. J'ai d'abord enseigné à l'Alliance de Piura, mais les élèves y sont trop peu nombreux. J'ai essaié de lancer mon propre business de cours particuliers à domicile, mais les élèves ne respectaient jamais leurs promesses de venir. Le plus dur, c'est qu'on croit qu'à un moment on y est arrivé, et puis tout s'écroule tellement facilement. Eric, un bon ami, m'avait déclaré un jour : "En Amérique Latine, rien n'est sûr; mais tout est possible". Pendant 10 mois, j'ai pu me rendre concrètement de la véracité de ce petit proverbe. Si 5 élèves sont interessés par vos cours, 1 ou 2 viendront au rendez-vous la première fois, et puis ils disparaîtront la semaine d'après. Je me suis donc bien énervé à certains moments, mais cela ne m'a pas empêché d'être vraiment triste le jour où je suis parti, et cela me fait penser que je devrais y retourner un jour.

J'ai effectivement passé des moments merveilleux à Piura. Si les gens ne sont pas dynamiques et pas très respectueux de leurs "promesses", il n'en reste pas moins vrai qu'ils sont d'une chaleur calquée sur la température ambiante : très élevée. Surtout par rapport à ceux de Lima ! Lorsque je vais faire des photocopies à Lima, j'ai souvent l'impression que je dérange les gens alors que je leur donne du travail. A Piura, dans le même contexte, la femme nous affichait le plus grand des sourires et traitait ma femme de "hijita" ("ma petite fille"), terme très affectueux évidemment. Dans les endroits où on allait habituellement (restaurants, supermarchés, petits commerces de première nécessité, ...), on était toujours reçu avec le sourire de la manière la plus simple sans avoir cette impression qu'on les emmerdait et qu'ils voulaient profiter de nous. Aussi étonnant que cela puisse paraître, même mes allures de gringo n'occasionnaient pas de comportement de "profiteurs". Après tout, on me connaissait. 

                                                      ("Plaza de Armas" de Piura)

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La chaleur tropicale rend aussi les bâtiments lumineux, brillants, purs. La végétation florissante nous permet de nous protéger des rayons brûlants de l'astre du jour, le tout en étant assis sur un banc bien agréable. A l'extérieur de la ville, le sable donne une allure plus naturelle (au sens premier du terme), un peu mystique même. Les petites rues mal goudronnées serpentent au milieu de maisons parfois pas terminées. Tout cela donne une allure d'imperfection à la ville et à ses alentours. Par opposition à l'ambiance gris et ultra-goudronnée des grandes métropoles, ce tableau offre un paysage d'humilité et de simplicité. Ce qu'on recherche dans une ville, ce n'est pas forcément de la civilisation, de la "modernité", mais aussi une forme de ruralité qui nous permet de sentir comme citoyen d'une ville au sens propre, avec ce sentiment d'appartenance et de symbiose. Au moment de me marier, j'étais resté 1 mois à Piura. Et lorsque je suis parti une première fois pour ma Lune de Miel et mon retour en Belgique, j'avais déjà eu un pincement au coeur. Dans mon pays natal, malgré une évidente tristesse de laisser mes racines, j'étais aussi heureux à l'idée de retourner à Piura, cette petite ville que j'avais déjà intégrée dans mon coeur et mon esprit. Elle offre un tel sentiment de communauté, de convivialité, de fraternité qu'on peut s'y sentir comme chez soi partout où vous allez. Vous êtes un piurano parmi les piuranos alors qu'à Lima, tout le monde (ou presque) est un étranger. C'est pour ça que j'ai été triste de quitter Piura, que j'y pense régulièrement, et que j'aimerais y retourner un jour.

Publié dans Voyage et Nature

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