Quelques contradictions

Publié le par El Nino


L'une des réactions les plus vives que vous recevez quand vous défendez des idées de gauche, c'est que "vous allez bien collaborer avec des entreprises privées" dans certains secteurs de l'économie. Je plaide coupable. Dois-je aller au bûcher ? Je sais que certains doivent se demander ce dont je veux concrètement parler. Et bien, puisque certains veulent tout savoir sur le se... pardon sur ma "trahison" envers les idéaux de gauche, eh bien allons-y.
Donc, parlons un peu d'éducation, de santé, de retraite, de vêtements et de nourriture.

L'éducation : Outre le fait que je travaille pour une institution élitiste (250€/mois pour des cours de français à 8H/semaine), oui, j'admets que quand j'aurai des enfants, je les mettrai dans un collège privé. Honte sur moi ! Mais je demande la clémence : l'école publique est une vraie merde au Pérou, parce que l'Etat n'a pas les moyens de financer un réseau scolaire digne de ce nom, faue de redistribution des richesses oblige. C'est d'ailleurs amusant que les néo-libéraux qui se plaignent de la mauvaise qualité de l'enseignement public ne pense pas à ça. Peut-être parce qu'ils tiennent à leur pognon et la différence de classes pour mieux asservir leurs sujets (indigènes). Donc voilà, je tiens à ce que mes enfants aient une bonne éducation, et de ce fait, ils iront dans un collège privé, et même très probablement où on doit prier (parce que c'est rare de ne pas avoir ça au Pérou). De toute façon, une fois à la maison, ils redeviendront de vrais iconoclastes bouffeurs de livres du Che, de Chomsky, et de Kropotkine.

La santé : Les hôpitaux publics sont de vrais merdes. Vous devez attendre plusieurs heures pour être reçu, et donc arriver à 5h du matin si c'est urgent. Les travailleurs ne sont en général pas compétents et motivés parce qu'ils reçoivent un salaire de merde. En conséquence, c'est mieux de s'affilier à un service privé, du genre "La Maison de la Santé". Cette clinique est soutenue par des capitaux privés français, et offrent un très bon service. Au bout d'un an d'affiliation, les services y sont majoritairement gratuits. Ma femme y est inscrite, et elle en est très contente. 

La retraite : Il existe au Pérou 2 systèmes de retraite : le privé et le public. Le public est surtout positif pour personnes en fin de carrière qui ne pourraient pas cotiser assez longtemps sur un pilier privé. Pour celui-là, il existe 3 types de fonds plus ou moins rentables en fonction de votre âge. Pour les plus jeunes comme moi, c'est rentable à hauteur de 100% chaque mois, c'est-à-dire que si vous cotisez 250 soles par moi, la rentabilité vous en apportera autant. Comment marche ce système ? Comme en Europe, sur base des résultats en bourse des administrateurs de fonds de pensions. J'ai donc intérêt à ne pas avoir de krach boursier. Demain, je deviendrai Golden Boy ? Non, mais les retraites privées vous assurent une pension de 1600 soles alors que le public vous en donne la moitié. A vous de voir, mais je préfère le privé.
Les vêtements : Acheter des vêtements de qualité, c'est possible chez Saga Falabella ou Ripley, 2 centres commerciaux à capitaux chiliens qui vous donnent les moyens de financer vos achats par mensualités, mais avec des taux d'intérêt évidemment. Et là, il y a de quoi sauter au plafond, parce qu'ils grimpent à 45% pour certains produits. Du vol donc. Quant aux salaires des vendeuses et leurs conditions de travail, c'est à peine supérieur au salaire minimum pour une semaine de lundi à dimanche 10 heures par jour. Je collabore donc avec des esclavagistes, quelle honte !!! Eh oui, mais ailleurs les vêtements sont de piètre qualité. On pourrait trouver un magasin alternatif, mais la vie à Lima est trop stressante pour faire l'effort de chercher.

La nourriture : On retrouve à peu près les mêmes conditions que pour les vêtements, mais les salaires sont encore plus bas. Là aussi, on travaille beaucoup, les patrons sont des connards. Il existe une alternative prenant la forme des marchés municipaux, mais situé parfois dans des quartiers pas très ragoutants. Evidemment, les voleurs en profitent.

Au final, le problème principal, c'est que le système est parvenu à mettre au point une énorme dichotomie entre un service bon marché mais de piètre qualité, et un autre nettement meilleur, plus cher. Il est donc difficile de ne pas prendre le système privé, parce que c'est lui qui vous assure une meilleur sécurité d'existence si vous en avez les moyens. Je suis le premier à le dénoncer et à dire que la démocratie, c'est aussi le choix de vivre dignement sans devoir être lié à un fonctionnement privé. Vive les impôts et la redistribution des richesses !
 

Publié dans Politique & Economie

Commenter cet article