Alan le fasciste ? (1)

Publié le par El Nino

 

Je me suis parfois demandé si Alan Garcia n'avait pas un côté fascisant sur les bords, avec cet autoritarisme, ce culte de la personnalité qui le caractérise, cette démagogie, sa politique anti-sociale. Je me pose aussi cette question parce qu'il me semble important d'analyser objectivement une personnalité et ses relations avec des idées fascistes, et cela sans verser dans la systématisation idéologique qui veut qu'on traite tous ses adversaires de fasciste. Après tout, Nasser était bien le "Hitler sur le Nil".

Il est donc important avant tout de posséder une définition honnête et complète du fascisme. Je vous propose celle de ce site.


TheFreeDictionary.com defines fascism as: “A system of government marked by centralization of authority under a dictator, stringent socioeconomic controls, suppression of the opposition through terror and censorship, and typically a policy of belligerent nationalism and racism.”

Other elements of fascism include:

  • Powerful idea of nationalism
  • Powerful executive control in government
  • Lower human rights outlook
  • Military reigns supreme
  • Corporations wield great power
  • Idea that National Security is at great risk to some threat
  • Identifying of enemies/scapegoats that unifies citizens in Patriotism
  • Mass media controlled by State and Corporations
  • Fixed elections
  • Rampant corruption
  • Unlimited power held by police force

Il est maintenant important d'évaluer un à un les principes du fascisme tels qu'ils sont énumérés par ce site (et qui me semblent personnellement tout à fait valables) :

  1. Forte idée de nationalisme : Il n'est un secret pour personne que le nationalisme règne dans beaucoup de pays d'Amérique Latine. Encore faudrait-il aussi faire la différence entre nationalisme, patriotisme, et souveraineté nationale, notions qui varient même d'un pays à l'autre et d'un continent à l'autre. Cependant, l'omniprésence du drapeau, les discours sur la Nation, la peine de mort prévue pour ceux qui seraient accusés de trahison envers la patrie sont des signes très tangibles d'idée nationaliste très forte. Bien que chez les jeunes la tentation soit moins forte d'accorder de l'importance à la Nation, il faut bien admettre que la polémique sur le service militaire obligatoire qui devrait être rétabli pour la majorité des personnes montre que le patriotisme est encore fort présent dans les esprits. Il faut aussi ajouter à cela des critiques permanentes envers les pays limitrophes et toute critique venant de l'étranger envers un fonctionnaire plus que douteux est perçue comme une attaque contre le pys tout entier et sa dignité.
  2. Fort pouvoir décisionnel du gouvernement : Le Congrès péruvien vient d'accorder au président Garcia les pleins pouvoirs. Attention, ces pleins pouvoirs ne sont pas pour mener de profondes réformes sociales en faveur du peuple, mais pour lutter contre le crime. Evidemment, un des fondements d'un régime fasciste est de stigmatiser une partie de la population tout en occultant volontairement (et pour cause !) ses propres crimes. Si le but de ces pleins pouvoirs est de détourner les yeux du peuple de la corruption qui règne dans le gouvernement, alors on peut aisément dire que cela n'a rien de démocratique.
  3. Droits humains baffoués : Il est un fait certain que les droits civiques, notamment de protestation, sont régulièrement pointés du doigt par les partis conservateurs, leurs intellectuels, et les économistes pour être "une réponse populiste". Se répand alors dans la presse et les cerveaux de l'élite une idée nauséabonde de répression de la liberté d'expression. Ces protestations viennent forcément du fait que les droits sociaux ne sont pas respectés, comme la santé, l'éducation, l'accès à la culture, ou d'autres choses. Les régimes néo-libéraux d'Amérique Latine n'ont jamais été des régimes respectueux des droits de l'homme, et il ne faut jamais oublier que Alan Garcia, lors de son premier mandat, a été accusé de violations des droits de l'homme, notamment dans les prisons.
  4. Forte présence militaire : L'armée en Amérique Latine est un des appuis du régime. Sans elle, le pouvoir en place ne peut subsister. Récemment, des exercices militaires (entrepris conjointement avec l'US Air Force) ont voulu montrer à la population que la FAP (Fuerza Armada Peruana) était bien présente dans la gestion du pays. Le président Alan Garcia a aussi autorisé il y a 2 semaines l'Armée de bombarder les laboratoires de production de cocaïne, tout cela sans se préoccuper des populations vivant aux alentours et de l'impact psychologique que cela pourrait avoir. Toutefois, l'Armée péruvienne n'est pas très puissante, et il serait exagéré de dire que ce principe même du fascisme soit entièrement respecté.
  5. Pouvoir des grandes entreprises : Il est un fait certain que les grandes entreprises et les entrepreneurs ont un pouvoir gigantesque au Pérou. On pourrait raconter des dizaines d'exemples où on se rend compte de leur pouvoir. Sachons simplement que si les droits humains ne sont pas respectés, c'est parce que les grands entrepreneurs l'ont décidé et que la plupart des congressistes et intellectuels appuyent cette politique. La plupart des salaires sont nivelés vers le bas, les grands patrons gagnent des sommes colossales, le code du travail n'est pas respecté, les protestations muselées, les syndicats soit inexistants, soit catalogués comme terroristes.
  6. Importance de la Sécurité Nationale : Ce principe est évidemment lié à celui du nationalisme. Les récents achats dans le domaine militaire, la réthorique nationaliste et anti-chilienne montrent à quel point il existe une idée que le Pérou peut être menacé, soit de l'extérieur, soit de l'intérieur, notamment par les populations indigènes. Il ne faut pas oublier que les populations de la montagne sont considérés comme des étrangers dans leur propre pays (qu'ils ont habité en premier) et qu'ils menacent, pour l'élite en place, "la cohésion sociale du Pérou" et donc la Nation. Il existe évidemment cette idée saugrenue que les indigènes Quechua et Aymara voudraient créer un Etat monoethnique dans les Andes, d'où cette fausse perception prise comme une menace, au même titre que les Kurdes pour la Turquie d'ailleurs (malgré toutes les différences qui existent).

A suivre ...

 

Publié dans Politique & Economie

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ElNino 25/05/2007 18:54

La guerre est la santé de l'Etat, dit Howard Zinn, proche de Noam Chomsky.L'Equateur est devenu un Etat pacifiste. C'est plutôt le Pérou qui a des ambitions continentales et qui veut prendre en tenaille l'Equateur avec la Colombie. Jusqu'à preuve du contraire, le Pérou veut maintenir sa base américaine à Iquitos, alors que l'Equateur ne renouvellera pas celle de Manta. Par ailleurs, au début du gouvernement Correa, la Ministre de la Défense était issu des mouvements internationalistes progressistes et ne voulaient certainement pas provoquer une guerre. J'ignore si son remplaçant est exactement comme elle, mais j'imagine qu'idéologiquement, il doit être assez proche.Je ne pense donc pas que tu te trompes. Et les médias préfèrent parler de cela pour attiser le sentiment nationaliste plutôt que de parler de la pauvreté et de la corruption.

becassine 25/05/2007 05:04

Ben cet article est chanme! J'ai apercu un jour en gros titre d'un journal populaire vendu dans la rue : L'Equateur s'apprete a attaquer le Perou!! Pendant un court instant, j'ai eu la vague impression que le pays voisin s'etait soudain travesti en martiens venus des fins fonds de la galaxie... et avait decide coute que coute de s'en prendre aux peruviens. Le cote melo dramatique et on peut le dire alors une certaine tendance a la paranoia diffuse dans la pays pour detourner l'attention des Peruviens des themes qui fachent et ainsi raviver sans cesse la flamme nationaliste, ce sont des techniques simples qui n'aident pas a se forger une autre opinion. Mais je me trompe peut-etre...

Remy 01/05/2007 19:14

Merci pour ta réponse Nino!

ElNino 01/05/2007 18:51

Je répondrai à ta question plus amplement après avoir rédigé la deuxième partie, Remy. Mais sache que tu ne dois pas t'inquiéter pour moi ;)

Remy 01/05/2007 18:31

Je crains pour ta vie El Nino...Comment un "fasciste" est arrivé au pouvoir ? Il a poutant déjà été président?
je lis sur Wikipédia:
" García entre en fonction le 28 juillet 1985, disposant de l’appui du peuple qu’il a séduit par sa jeunesse, ses grands talents d’orateur et son apparent radicalisme."
Tient tient.... jeune , orateur et se disant radical...ça me fait penser à quelqu'un...
Rémy