Huaraz (2)

Publié le par El Nino

 

En route pour le Callejon de Huaylas.
 
Quelques heures plus tard, il était temps de se lever car le bus touristique passait à 9h30.Il fallait donc prendre le petit déjeuner et puis se doucher. Evidemment, comme de coutume au Pérou, le bus est arrivé avec 20 minutes de retard. De plus, sur notre route dans le Calejon de Huaylas, un pneu a crevé à cause d’un objet non-identifié. Et là, il faut saluer une première fois le chauffeur. Même si le bus n’a pas fait d’embardées, on aurait malgré tout pu avoir un problème. Mais il n’en fut rien car Fangio s’est vite rangé sur le bas-côté en décélérant. En 30 minutes, le pneu était remplacé. Il n’empêche. Tous ces petits désagréments nous ont fait arriver à Carhuaz avec presque une heure de retard.
 
J’avais un petit peur au départ pour ce long voyage. Déjà, mon mal de tête m’avait aussi remué l’estomac. Je le sais, les voyages en bus ne sont pas ceux que je préfère car mon système digestif est assez sensible. Je fus assez vite rassuré sur ce point : on vient de voir que le chauffeur était très professionnel. Quant à la guide, elle m’épata. Je suis parfois agacé par certains guides qui soit ne connaissent rien, soit sont désagréables, soit mal organisés, ou encore autre chose. Très honnêtement, celle-ci est très certainement la meilleure que j’ai rencontrée au Pérou, et elle rivalise sans problèmes avec d’autres que j’ai connus ailleurs. C’était une femme amicale, très compétente et qui « savait parler ». Je veux dire par là qu’elle savait intéresser son audience. Un vrai esprit de conférencière qui savait inclure des petits détails anecdotiques tout à fait surprenants. De plus, elle a malgré tout réussi l’exploit de parler pendant une bonne vingtaine de minutes entre notre logement et Carhuaz. Et cela sans arrêter. J’ai rarement vu cela, sauf dans des conférences bien entendu.
Carhuaz est une petite bourgade sympa, perchée un peu plus bas que Huaraz. Le ciel y était limpide comme cela peut l’être en montagne. La « Plaza de Armas » était composée d’une végétation typiquement tropicale subtilement aménagée. On profita aussi pendant quelques minutes du goût hautement naturel des glaces locales, et toujours pour pas cher mon frère.
Huaraz-03.jpg
(La "Plaza de Armas" de Carhuaz)
 
La route reprit, et l’on s’approchait ainsi du Huascaran. Mon cœur commençait à battre : je vais pouvoir apercevoir ce sommet qui m’avait tant fait rêver depuis 2 ans ! Malheureusement, les nuages cachaient trop la montagne, et seul le pic Sud apparut. Le pic Nord, plus haut de 100m, reste occulté par ces satanés nuages. Jamais à aucun moment je ne pus apercevoir le plus haut sommet tropical du monde. Du haut de ces 6768m, le Huascaran refusait de se dévoiler. Il faut dire qu’on était encore à la fin de la saison des pluies. Il faut revenir en juillet pour le voir ! Il n’empêche que ce sommet me permit de rencontrer l’histoire et la douleur de la région.
 
Yungay la meurtrie.
 
En lisant des documents, j’avais compris qu’en 1970 avait eu lieu la catastrophe naturelle la plus importante de toute l’histoire contemporaine péruvienne : le tremblement de terre du 31 mai 1970. Vers 15h20, une secousse se fit sentir dans la mer péruvienne, au large de Chimbote. Le choc fut effroyable : 7.8 sur l’échelle de Richter. Huaraz fut rasée : 30.000 personnes y périrent et il fallut reconstruire la ville. Quant à Yungay, même si le nombre de morts fut moins élevé (18.000), l’horreur n’en fut que plus immense. Lors du séisme, toute une paroi rocheuse du Huascaran se disloqua, entraînant avec elle toute un amoncellement de neige, de boue, de terre, de roches, pour créer ce qu’on appelle dans la région un « Alud », sorte d’avalanche de matériaux divers. 5 minutes après le séisme, à la vitesse de 350 kilomètres par heure, l’avalanche arriva à Yungay, lamina la ville et ensevelit les habitants, maisons et autres sous une épaisse couche de débris. Le phénomène fut stoppé dans sa progression par un cimetière érigé sur 5 étages. On peut voir dans ce site que le bas de la construction est recouverte d’une épaisse couche d’alluvions. En fait, les 2 premiers étages ont disparu, ce qui donne une indication de l’épaisseur de l’avalanche.
Huaraz-01.jpg
(Yungay, au fond le Huascaran et ... quelques blocs de pierres chariés ça et là par l'Alud)
Un autre témoin du drame, c’est aussi le « monument » que l’on trouve vers la sortie de ce qu’on appelle le « Campo Santo » : 3 bus encastrés l’un dans l’autre par l’avalanche, le tout évidemment complètement rouillé. Cela donne une idée de la violence du choc.
Toute cette visite m’a permis de me rendre compte du drame qui s’était déroulé ici dans cette petite ville provinciale. On lit dans des livres de récits de catastrophe, mais les mots ne suffisent pas à transmettre l’effroi de la situation. La réalité imagée, elle, a un effet beaucoup plus percutant. Je quittai donc le lieu complètement transformé.
 
Avec ce périple en groupe de touristes, il arriva ce qu’il devait arriver : 4 participants manquaient à l’appel. Après 15 minutes, un premier couple rentra dans le bus. Les 2 derniers n’arrivant pas, la guide est partie les chercher, mais rentra 20 minutes après, toute en sueur, déclarant qu’elle avait parcouru tout le lieu saint, et ne les avait pas retrouvé. Elle prit donc la décision la plus logique possible : les laisser sur le lieu. Il est intolérable qu’une minorité responsable empêche une majorité de s’organiser correctement ! Elle fit donc signer un papier aux participants signalant que les personnes manquantes ne pourraient en aucun cas se plaindre à l’agence et récupérer leur argent. Vous pensez bien que j’ai signé les yeux fermés.
 
Llanganuco, l’aboutissement d’une attente de 2 ans !
 
Ce fut donc la montée vers la lagune qui nous attendait. Le bus emprunta alors une route non-carrossable, donc pénible, mais le chauffeur se fit encore remarquer pour l’énergie qui mit dans sa conduite. Pendant 1 heure et 20 minutes de montée, on put observer la diversité des paysages. En effet, Yungay se trouve à 2400m, la lagune à 3800m. Le climat changea, la végétation aussi, et on s’approcha d’un monde aux roches nues. Les cascades foisonnaient, les véhicules aussi ! Beaucoup de bus font la route vers ce lieu. Enfin, on aperçut la fameuse « quabrada », une cassure dans la roche, à l’intérieur de laquelle se trouve la lagune. Il fallut encore 20 minutes pour arriver au paradis. Il était 14h15. Un moment magique, assurément.
Huaraz-04.jpg
(A bord du bâteau, sur la lagune)
 
La lagune est de couleur verte, pour les algues, des minéraux divers, du granit. Celui-ci entoure l’endroit dans des roches à pic. Sur la droite, les premières neiges du Huascaran, invisible à cause des nuages. Sur la gauche, une autre cascade. Un parcours en bateau sur la lagune coûte 3 soles par personne et dure 20 minutes. D’abord hésitant et impressionné, je cédai à la pression de ma femme. Il faut dire que les barques ne me rassuraient pas entièrement. Et puis, l’eau est très froide à cette altitude, certainement inférieure à 10° et la lagune a une profondeur de 28m en son centre. Pour rassurer la clientèle, on lui donne un gilet de sauvetage. Et nous voilà donc partis pour un petit parcours où on pourra mieux apprécier les flancs de la lagune, mais aussi par moment sentir un vent plutôt frisquet. Et pourtant … J’étais en t-shirt et le soleil donnait encore une impression relativement chaude. Je devais détonner : moi en tenue quasi d’été, les autres en tenue d’hiver avec chandail et parfois bonnet. Un calme profond régnait dans cette vallée. Seul le clapotis de l’eau perturbait un petit peu cette ambiance.
De retour sur la terre ferme, on put ensuite apprécier la cuisine locale, car quelques femmes indigènes s’y étaient stationnées et notre ventre criait famine. Depuis 9h du matin, nous n’avions plus mangé (à part notre glace de Carhuaz), et cela commençait à sérieusement protester dans les entrailles. Une soupe avalée, on put alors parcourir les abords de la lagune. Entretemps, les « perdus » du Campo Santo nous avaient retrouvés grâce à un autre bus touristique qui avait accepté de les prendre. Ces couillons n’avaient pas compris que la sortie du Campo Santo n’était pas au même endroit que l’entrée. Ils étaient bien les seuls à l’avoir interprété ainsi ! Tant mieux pour eux qu’ils nous aient retrouvé, remarquez !
Il était ensuite temps de redescendre et encore là, le chauffeur montra toutes ses capacités à manier son véhicule sur une route rocailleuse et en pente descendante. Ceux qui connaissent la montagne savent qu’il n’est pas forcément plus facile de descendre que de monter. Seul avantage : on va plus vite et avec l’heure avançant, cela nous permettait de rattraper un peu le temps perdu. Parce que nous, on commençait à s’inquiéter : on avait notre bus à 22h, et on devait encore manger en arrivant au gîte, sans oublier une bonne douche bien chaude après toute cette journée.
 
Le retour vers Lima.
 
Le repas englouti (et je ne ferai pas de publicité pour ce restaurant), on se dirigea ensuite vers Caraz où nous attendait un produit local, mais bien répandu dans tout le pays : la « Manjar Blanco », sorte de lait sucré qui a tourné en une pâte onctueuse. Patty en acheta 2 conserves, toujours pour pas cher mon frère, puis c’était au tour de la « Plaza de Armas » de s’offrir à nos yeux, et de nous relaxer avec une fanfare typique de la Semaine Sainte. 10 minutes après, commença le retour vers Huaraz. Un terrible orage de montagne s’abattit sur le Calejon, la plus grosse averse de tout mon séjour au Pérou, et qui supplante à mon avis la plupart des averses orageuses d’Europe Occidentale, même après nos canicules bien connues. Une pause de 15 minutes dans une fabrique d’artisanat permit à certains (pas tous !) de descendre et d’admirer quelques productions locales. Nous, même si l’heure n’était pas trop tardive, nos n’avions qu’une seule envie, c’était de faire les derniers préparatifs. Après un dîner englouti et une douche bien réconfortante, ce fut le temps des adieux, des photos-souvenirs, et à 9h tapante, le taxi sonna pour venir nous prendre. A 10h du soir, le car sorta de Huaraz et nous dîmes … Au Revoir à Huaraz, car on y reviendra ! Le trajet du retour vers Lima fut horrible. Lorsque le car aborda le col au Sud de Huaraz, la température à l’intérieur monta subitement. Personne ne put savoir pourquoi car l’hôtesse n’offrait aucun service à bord. Résultat : avec le dîner dans le ventre, les virages de montagnes, et une température que je n’ai jamais dû affronter de ma vie (même en Grèce), j’ai bien cru que j’allais refaire le sol. Par miracle, rien de tout ceci ne se produisit et j’accueillis avec soulagement la côte et la Panaméricaine. Il était presque 2h du matin. Pendant 4h, à cause d’un stupide film avec Kevin Costner (TOUS les films avec Kevin Costner sont stupides !) et cette maudite chaleur, je ne pus m’endormir. Il fallut attendre le calme, et avec une petite baisse de la température (et sans doute aussi la fatigue aidant), je pus dormir pendant 2h. Vers 4h du matin, on approcha de Lima, et à 4h30, les premiers klaxons retentirent. Un dimanche matin, un dimanche de Pâques de surcroît ! Les voitures n’avançaient pas, les autres s’excitaient sur leur klaxon. Il n’y a pas de doute : j’étais revenu à Lima, cette ville de merde.

Publié dans Voyage et Nature

Commenter cet article